Des pinces inusables : un savoir-faire disparu ?

Sculpture de Gérard Basiletti
Sculpture de Gérard Basiletti, au centre du village de Montécheroux

Fabriquer des pinces inusables était encore il n’y a pas si longtemps un gage de grande qualité. Il en est ainsi des pinces maillées qui ont valu une renommée mondiale à la petite cité de Montécheroux, s’opposant à l’époque aux pinces superposées en circulation. En 1920, pas moins de trois usines y voyaient s’affairer trois cents ouvriers autour des forges, des meules et des polissoirs.

Un petit musée de caractère

Depuis l’année dernière, le Musée de la Pince de Montécheroux est crédité d’une étoile au guide vert Michelin. Voici l’information, encore peu visible, sur le site internet du guide en ligne.

Ce musée présente un savoir-faire typiquement local qui, étonnamment, n’a pas fait l’objet d’une véritable tradition. La concurrence régnait en effet au sein du village. C’était à qui produirait le plus de pinces en un minimum de temps. Et ceux qui possédaient un savoir-faire plus efficace avait tout intérêt à ne pas en divulguer les secrets. Le passage suivant prend alors tout son sens :

Pince maillée
Étapes de la fabrication d’une pince maillée

Perçu comme une aberration, le savoir-faire ouvert est quelque peu dévalorisé par les anciens et le « vrai savoir » ne semble plus vivre que dans les mémoires. […] Cette désaffection n’est toutefois pas synonyme d’un désintérêt fondamental puisqu’une association s’est créée […] se proposant de sauver de l’oubli l’artisanat local en créant notamment un musée de la pince dans lequel serait reconstituée la chaîne opératoire traditionnelle. *

Musons et Créons au chevet d’un savoir-faire bientôt disparu

Forge reconsituée
Une forge reconstituée dans le musée de la Pince de Montécheroux

C’est l’association Musons et Créons, créée en 1983 et forte d’une quinzaine d’adhérents, qui est à l’origine du Musée de la Pince de Montécheroux. Le but de cette structure est de sauvegarder et de mettre en valeur  le patrimoine écheroumontain. De là ses différentes activités, qui ont pour but principal la gestion et le développement du musée : organisation du Printemps des Arts, participation à la journée du patrimoine industriel et réalisation d’une exposition temporaire par an.

Le musée est ouvert du 1er mai au 31 octobre du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Il accueille chaque année environ un millier de visiteurs. Pendant l’été, c’est Charlotte, du village voisin, qui s’occupe des visites guidées. A 18 ans, cette jeune étudiante est intarissable sur les pinces. « Quand on est du coin, les pinces, c’est depuis qu’on est petit qu’on est dedans. A l’école, nous faisions beaucoup d’activités autour de ce sujet : écriture d’un livre, fabrication de poupée à partir des pinces, dessins… »

Peinture de Gérard Basiletti
Peinture de Gérard Basiletti, exposée au Musée de la pince

Les célèbres pinces maillées de Montécheroux, réputées inusables, ne correspondent plus aux standards de notre société de consommation où l’on valorise l’achat régulier de neuf. Mais surtout, le temps nécessaire à leur fabrication n’en fait plus des marchandises « rentables ». Et c’est aujourd’hui pour des marques de luxe comme Hermès que la dernière usine de Montécheroux, qui emploie neuf personnes en 2015, fabrique ses plus belles pinces .

Informations Pratiques

*Blaise B. Bellal, « L’industrie de la pince à Montecheroux », Terrain [En ligne], 10 | avril 1988, mis en ligne le 19 juillet 2007, consulté le 27 août 2015. URL : http://terrain.revues.org/2938 ; DOI : 10.4000/terrain.2938

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